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MAINTENANCE À L'HONNEUR
Maintenance Magazine 173 – septembre 2026
Dans le cadre d’un projet sur trois ans, le département Services Techniques de l’IRE/IRE-ELiT, leader dans la production d’isotopes médicaux et de radiopharmaceutiques, a réussi à se recentrer sur les fondamentaux de la maintenance et à poser les bases solides pour relever les défis de demain. Un partenariat avec I-care qui lui a valu le prix BEMAS de l’Équipe technique de l’année 2026.
Maintenance Magazine (MM) : Quel est le constat que vous posez à votre arrivée chez IRE ?
Chris Saweryniuk (CS) : À mon entrée en fonction en avril 2021, je reçois un mandat clair : mettre en place une structure de maintenance capable d’affronter les nouveaux défis industriels de l’IRE. À l’époque, la situation du service est compliquée notamment à la suite d’une perte de confiance des autorités de contrôle, qui avaient identifié, sur base de différents audits, plusieurs axes d’améliorations nécessaires.
Par ailleurs, il faut savoir que l’IRE-IRE ELiT a connu une forte croissance ces dernières années, avec la mise sur le marché de son générateur de Gallium-68, ainsi que des initiatives de diversification qui ont conduit au lancement d’un projet ambitieux de construction de nouveaux bâtiments. Il s’agissait donc de professionnaliser le service en s’appuyant sur le développement des compétences techniques et la mise en place d’une maintenance 4.0/5.0, associée à l’implémentation d’outils numériques, de big data et d’IA.
MM : Quelles étaient les options et quels furent les choix posés ?
CS : Dans un premier temps, un diagnostic a été posé avant de présenter à la direction un plan de transformation des services comprenant les axes de travail, les objectifs, le planning et le budget. Ce plan était structuré selon 3 axes : la stratégie de gestion de nos assets et leurs plans de maintenance associés ; l’organisation et les flux de maintenance avec répartition des rôles et des responsabilités ; et la gestion de la performance, tant des équipements que de l’organisation.
Un accent particulier a été mis sur la gestion de changement, avec une méthodologie de travail rigoureuse et des indicateurs, le tout associé à une gestion de maintenance assistée par ordinateur (GMAO) professionnelle. À ce niveau, le choix s’est porté sur SAP PM qui a remplacé Microsoft AX, sachant que l’IRE avait déjà opté pour SAP comme ERP.
MM : Comment s’est déroulé le déploiement ?
CS : Nous avons fait appel à la société montoise I-care Group, spécialisée dans la maintenance prédictive. Celle-ci a partagé son expertise de fiabiliste et sa grande expérience du monde industriel. Ce partenariat a été fondé sur une collaboration quotidienne, une confiance mutuelle et une compréhension fine des contraintes d’un site à haute criticité. Une dizaine d’experts nous ont assisté durant ces trois années, ce qui a permis de réorganiser complètement la fonction de maintenance reposant sur une nouvelle structure organisationnelle, de déployer une GMAO moderne, d’introduire des indicateurs de performances et de définir une stratégie de maintenance à long terme. Une attention particulière a été portée au développement des compétences des techniciens et des rôles clés de l’organisation au moyen d’un processus de certification. Nous avons également mis en place une nouvelle approche de suivi du vieillissement et de la gestion de l’obsolescence de nos assets.
Je précise que le coaching a été primordial ainsi que la communication régulière vers les équipes afin de mettre le personnel dans les meilleures conditions de réussite. Nous avons également accompagné nos collaborateurs dans la gestion de leurs irritants et coconstruit avec eux certaines des solutions proposées.
MM : Quelles leçons tirez-vous du projet ?
CS : Parmi les clés du succès, je citerais d’abord la mise en place d’une gestion du changement dès le début du projet, en étroite collaboration avec notre partenaire I-care Group. Le fait de poser le bon diagnostic a également été un facteur de réussite, sans oublier de s’appuyer en interne sur des alliés supportant cette transformation, notamment la production, les ressources humaines ou la sécurité. La direction était en outre convaincue que des changements devaient être opérés, notamment pour retrouver la confiance des autorités de contrôle. De même, le dialogue et la communication avec les équipes et les syndicats ont été essentiels dans la réussite de ce projet critique et stratégique pour l’entreprise.
Enfin, le choix d’I-care Group a été primordial. Nous avons opté pour un fiabiliste plutôt qu’un cabinet de consultance pour son expertise des processus et son expérience sectorielle.
MM : Le projet est-il appelé à évoluer ?
CS : La maintenance nécessite une perpétuelle remise en question. D’ailleurs, nos équipes cherchent en permanence à améliorer et à coconstruire notre service. C’est ainsi que nous allons apporter des innovations au niveau des checklists électroniques plutôt que papier, ou encore déployer des analyses vibratoires. Les équipes se montrent très dynamiques et la prise d’initiatives est largement encouragée en s’appuyant sur l’expertise des anciens et l’arrivée de jeunes dans le service. J’insiste sur le fait que notre ambition était de devenir la référence de la maintenance nucléaire.
MM : Vous avez été élu Équipe Maintenance 2026 par la BEMAS. Quel est votre sentiment ?
CS : Le défi humain que représente ce projet était énorme. Notre candidature avait pour objectif de mettre en avant le travail des équipes. Il s’agit là d’une reconnaissance par des experts du secteur de la maintenance de l’expertise et de l’engagement de nos collaborateurs, lesquels sont essentiels à la continuité et à la fiabilité de notre activité.
Par Marc Husquinet - photos IRE