CHRONIQUE  
Maintenance Magazine 138 – décembre 2017

Troubadours et consultants

Le mot troubadour est dérivé de l’occitan « trobar », signifiant « trouver » ou « imaginer ». Les consultants ont quelque chose des troubadours. Les troubadours sont itinérants. Et partout, ils enseignaient de nouvelles chansons, de nouveaux récits et d’autres versions de leur répertoire connu. Et bien évidemment : ils inventaient quand il le fallait. Ils donnaient une tournure à la chanson d’un collègue ou inventaient vraiment dans le sens où le public voulait l’entendre.

La métaphore du troubadour m’a toujours plu. En effet, la majorité des conseils d’un consultant à ses clients relève d’une collection d’expériences accumulées et étendues. Ses expériences chez d’autres clients, ou d’autres livresques. Des expériences réussies et d’autres pas, ou parfois pas. Finalement, un bon consultant invente parfois aussi de nouvelles méthodes et une vision propre, espérons-le utiles et surprenantes. Soit, je ne vais pas détruire la métaphore à l’analyser à outrance. Vous aurez perçu la comparaison.

Au cours des ans, je vous ai parlé dans mes colonnes de particularités sur des affaires qui m’interpellaient ou m’agaçaient, et sur les événements qui me rendaient joyeux. Dans un mix je l’espère de propres inventions et de trouvailles frappantes. Trouver des explications et des réponses aux questions que je me posais a toujours été pour moi une source éternelle de satisfaction professionnelle et de divertissement. D’où vient la dénomination de la matrice de Fine & Kinney, et qui l’a inventée ? Vous rappelez-vous ? Fine & Kinney n’ont jamais collaboré, ne se connaissaient pas, et aucun des deux n’a imaginé la matrice amateuristique utilisée de manière aveugle par de nombreux experts auto-proclamés en gestion de risques. Ou la fois où j’enquêtais sur la manière de devenir un « World Class Maintenance Champion » et où il apparaissait que ce titre pouvait être impunément imprimé sur sa carte de visite. Et la fois ou un collègue-consultant essayait de me convaincre que le taux d’exposition est identique à la probabilité. Cette grossière ignorance me fait sourire.

Et puis naturellement, mon étonnement est sans borne face à la crédulité de trop de gens qui acceptent et valident sans esprit critique ces fumisteries flagrantes, ces théories vaniteuses et soi-disant innovations. Permettez-moi finalement de partager avec vous une importante problématique. Pourquoi mon Dieu, la xième nouvelle initiative ou nouveau concept soi-disant innovant est toujours perçu en production avec une dose de sain scepticisme ? Et comment se fait-il que tant de gestionnaires se laissent duper en introduisant une fois de plus une innovation sans que le fond du problème éventuel soit solutionné ?

La question me préoccupe. Un jour, je vous donnerai ma réponse. Pas encore aujourd’hui. Car votre chroniqueur va vous quitter après cinq ans. Ce troubadour part sur le chemin à la rencontre de nouveaux domaines, à la recherche de réponses à de nouvelles questions. Le domaine de votre magazine favori me plaisait bien. J’ai pu écrire à volonté sans jamais être censuré et j’espère que de temps à autre, j’ai pu vous divertir ou vous agacer. Car le rôle de bouffon également, me va bien parfois. Bonnes chances à tous. <<

Par Eric Rensen