«L’usine sans éclairage n’est plus une vision d’avenir, mais une stratégie concurrentielle.» Ce message planait implicitement cette année au-dessus de la récente édition de la Hannover Messe. L’IA, la robotique et les systèmes autonomes n’y sont plus présentés comme de simples promesses, mais comme des solutions concrètes pour une industrie sous pression.
La Chine montre à quelle vitesse le niveau d’exigence évolue
Des pays comme la Chine accélèrent leur transformation industrielle. La « dark factory » de Xiaomi à Changping, près de Pékin, est aujourd’hui l’un des exemples les plus parlants de la manière dont l’IA et la robotique redéfinissent fondamentalement la production : un site hyperautomatisé, équipé de milliers de robots, capable de produire jusqu’à 10 millions de smartphones par an, à un rythme d’un appareil toutes les quelques secondes. Cette usine montre surtout que le « lights-out manufacturing » n’est plus un concept, mais un modèle réaliste et évolutif qui redéfinit les standards de compétitivité industrielle à l’échelle mondiale.
Un défi loin d’être évident
Soyons honnêtes : pour la plupart des entreprises, la « dark factory » complète n’est pas encore à portée de main. Elle suppose un environnement d’actifs entièrement numérisé et standardisé, dans lequel les machines, les processus et les systèmes communiquent entre eux de manière fluide. Elle exige surtout des personnes disposant des bonnes compétences pour concevoir, gérer et optimiser cet ensemble.
Le contexte économique actuel n’est toutefois pas simple. Les entreprises manufacturières européennes évoluent dans un environnement marqué par des coûts salariaux élevés, une hausse des prix de l’énergie et une incertitude géopolitique persistante. Alors que l’ambition stratégique d’automatisation progresse, de nombreuses entreprises subissent aujourd’hui une forte pression pour réduire leurs coûts. Les investissements sont reportés. Beaucoup s’engagent dans des démarches de cost cutting, y compris au sein du service technique. Mais au regard de cet avenir plus « sombre », il s’agit d’un choix particulièrement risqué.
Automatiser et économiser
Ce qui est possible, en revanche, c’est de miser pleinement dès aujourd’hui sur la transformation numérique. Les économies peuvent surtout être réalisées en réduisant davantage la consommation d’énergie, notamment grâce à la digitalisation et au monitoring des installations. Car lorsque les volumes baissent et que les installations sont plus souvent mises à l’arrêt, une question simple se pose : sont-elles réellement à l’arrêt ? Les moteurs continuent-ils à tourner inutilement ? Y a-t-il des fuites d’air comprimé ? La lumière est-elle effectivement éteinte ? Les entreprises qui ne misent pas aujourd’hui sur l’automatisation et les économies d’énergie risquent de constater demain que la lumière s’éteint, au sens propre comme au sens figuré.
Wim Vancauwenberghe - Maintenance Evangelist et directeur de BEMAS