ENERGIE  
Maintenance Magazine 171 – mars 2026

Traitement circulaire des boues sous vapeur

Sur le site d’ArcelorMittal, dans la zone portuaire de Gand, Luminus Solutions construit une installation destinée à convertir la vapeur haute pression issue de la combustion de biomasse en vapeur basse pression et électricité. À partir de 2027, l’installation devrait traiter environ les deux tiers des boues issues de l’épuration des eaux usées en Flandre.

Aquafin fournit les boues ; Besix et Indaver réalisent - via leur société d’exploitation temporaire commune Foster - la construction de l’installation de mono-traitement des boues. Luminus Solutions est responsable de la construction, de l’exploitation et de la maintenance de la turbine à détente de vapeur. ArcelorMittal Belgium utilisera la vapeur à basse pression dans la production d’acier. SPV Finarmit supporte l’investissement. Finarmit est une filiale à 100% de l’investisseur public Fineg qui soutient l’industrie flamande dans la durabilisation de ses sites. 

« Les premiers contacts informels de la collaboration avec Fineg remontent à fin 2018, dans le cadre d’une installation de séchage des boues à Gand », se souvient Philippe Alboort, responsable business development & strategic partnerships  chez ArcelorMittal Belgium. « Le projet n’a pas abouti, mais les échanges ont évolué vers la construction d’une installation de mono-traitement des boues sur notre site. La vapeur issue de la nouvelle turbine couvrira environ 25% de la consommation annuelle du site de Gand. Notre feuille de route de décarbonation s’articule autour de trois axes : l’efficacité énergétique, l’électrification, la capture et l’utilisation du carbone. Le projet de valorisation de la vapeur via les boues s’inscrit dans l’axe de l’efficacité énergétique. »

Disponibilité permanente

En 2024, Luminus Solutions a réalisé l’ingénierie de base du traitement de la vapeur. Fin septembre 2025, l’entreprise a remporté le contrat pour la construction et l’exploitation de cette installation, conçue autour d’une turbine à vapeur à contre-pression. Outre l’intégration de la turbine, la mission comprend les travaux de génie civil avec la construction d’un bâtiment, la régulation et les tuyauteries. « Ainsi que la gestion et la maintenance pendant les quinze premières années », précise Ben Segers, responsable du développement de projets chez Luminus Solutions. « Nous possédons le savoir-faire technique pour la conception et l’exploitation, et nous travaillons de manière transparente. Un aspect important du contrat est que nous garantissons la disponibilité de l’installation et un rendement suffisant. Le délai de construction très court représente un autre défi. Aquafin veut fournir la première vapeur haute pression en août 2026. L’installation doit être opérationnelle d’ici la fin de l’année afin de fournir de la vapeur basse pression à ArcelorMittal Belgium à partir de 2027. »

La nouvelle turbine à vapeur développera une puissance électrique de 1,3 MW. ArcelorMittal utilisera la vapeur basse pression produite dans son processus de production, ce qui permettra de réduire les émissions de CO2 du site de Gand de 13.000 tonnes par an. L’électricité produite sera directement réinjectée dans le réseau d’Aquafin. « Il n’est pas nécessaire de l’injecter dans le réseau électrique car Aquafin consomme plus d’électricité que notre turbine ne peut en fournir pour l’incinération des boues. » La construction de la turbine à vapeur représente un investissement de plus de 12 millions d’euros. Finarmit a signé un contrat avec Luminus Solutions pour ce projet. Il s’agit d’une filiale de Luminus et Dalkia, toutes deux appartenant au groupe énergétique français EDF. Luminus (Solutions) n’est pas un fournisseur d’électricité mais un fournisseur de technologies et de services.

« On trouve ce type de turbines dans les centrales électriques et les entreprises privées », explique Ben Segers. Ici, nous avons optimisé l’efficacité et la fiabilité. La nouveauté réside dans son caractère circulaire. Cette approche a fortement influencé la décision d’investissement des deux partenaires, soucieux de rendre leurs activités plus durables. »

Objectif carbone

Aquafin produit depuis quelque temps du biométhane et de l’électricité à partir du gaz issu de la méthanisation de la biomasse. L’installation de mono-traitement des boues, que l’entreprise a construit avec un droit de superficie sur le site d’ArcelorMittal, contribuera à l’objectif carbone et une réduction de 28.000 tonnes d’équivalent CO2. « L’installation ne traite pas les boues avec d’autres matières, ce qui permet une récupération maximale de l’énergie et des matières premières », explique Ivo Verschueren, account manager chez Aquafin.

Trois trajets

Dans le processus d’épuration des eaux usées domestiques, les micro-organismes décomposent biologiquement les polluants. « Ils se développent en permanence et il en résulte un excédent sous forme de boues, qui est de la biomasse. Nous en réutilisons une partie, tandis que le surplus doit être traité. Dans un premier temps, nous épaississons les boues autant que possible, une opération réalisée sur le site des stations d’épuration. Ensuite, nous évacuons la biomasse pour un traitement ultérieur. Actuellement, la moitié des boues est acheminée vers une installation de déshydratation locale et l’autre moitié passe d’abord par l’une de nos unités de méthanisation afin d’y produire du biogaz. La biomasse restante est ensuite dirigée vers l’installation de déshydratation. À partir de là, nous utilisons trois filières de valorisation : un tiers est traité par mono-incinération dans notre incinérateur à Bruges – exploité par GeoMilieu –, un tiers par co-incinération avec des déchets industriels chez Sleco à Kallo et le dernier tiers, après séchage, dans nos séchoirs, par co-incinération dans l’industrie cimentière. »

À partir de 2027, la situation restera inchangée jusqu’à l’étape de déshydratation. « Ensuite, un tiers sera acheminé vers les deux nouveaux séchoirs à boues fonctionnant à la chaleur résiduelle, que nous construisons actuellement, puis vers l’installation de mono-traitement des boues à Gand. Un autre tiers sera envoyé à Gand après déshydratation. Les boues séchées y seront traitées avec les boues déshydratées afin d’obtenir un mélange calorifique permettant l’autothermie. Pour le tiers restant, nous continuerons à faire appel à Sleco. »

Limiter le transport sur route

Il y a plusieurs années, Aquafin a investi dans une unité de traitement des boues en Flandre. « Cette décision s’avère chaque année plus judicieuse, car il y a une grande pénurie dans ce domaine. Nous devons parfois faire appel à un transformateur en Allemagne. Pour déterminer l’implantation de la nouvelle installation de mono-traitement des boues, nous nous sommes basés sur un modèle qui a permis d’évaluer, pour chaque site potentiel, l’impact en CO2 de l’ensemble des transports de boues en Flandre. Actuellement, nos boues sont transportées par camions-citernes. Nous voulons réduire au maximum le nombre de camions pour transporter nos boues vers leur destination finale », explique Ivo Verschueren. La construction et l’exploitation de l’installation de mono-traitement des boues pendant trente ans s’inscrit dans le cadre d’un accord de partenariat. L’entreprise de construction Besix et le spécialiste des déchets Indaver ont créé à cet effet une filiale commune temporaire, Foster.

Door Koen Mortelmans