MAINTENANCE À L'HONNEUR  
Maintenance Magazine 170 – décembre 2025

Plastics2Chemicals

Sur son site de Hooge Maey, dans la zone portuaire d’Anvers, le transformateur de déchets Indaver a mis en service l’installation pilote Plastics2Chemicals (P2C). Celle-ci permet de recycler des emballages plastiques collectés en des matières premières pour de nouvelles applications, notamment des applications haut de gamme, comme les conditionnements alimentaires. « Pour la première fois, il est possible de transformer des pots de yaourt usagés en de nouveaux pots de yaourt », nous dit-on.

L’installation pilote P2C repose sur une technologie de dépolymérisation thermique développée par Indaver, qui ramène les plastiques à leurs monomères d’origine. « Via la distillation, les monomères sont ensuite valorisés jusqu’à atteindre un très haut degré de pureté. La forme liquide offre un avantage majeur : elle permet une purification facile et économe en énergie par distillation », précise Erik Moerman, chef de projet et directeur des ventes et du développement. « Le procédé de dépolymérisation électrifié – qui s’apparente à un processus de craquage – est moins énergivore que le traitement de matières vierges. »

Dépendance réduite

Les composants chimiques recyclés peuvent être utilisés dans les applications qui recourent à des matières premières fossiles, y compris celles sensibles au contact, inaccessibles via les méthodes de recyclage conventionnelles. « Nous évitons la création de nouveaux plastiques à partir de ressources fossiles, tout en conservant des matériaux précieux dans le circuit. Cela contribue à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des matières premières externes et soutient les ambitions climatiques européennes. »

« Ce qui rend cette installation unique, c’est son modèle intégré. Outre le recyclage avancé, Indaver assure le tri des matériaux d’emballage, le prétraitement sous forme de granulés, le traitement durable des résidus et la logistique. Ce modèle permet aux fournisseurs et aux acheteurs de conserver leurs processus existants sans devoir investir davantage. »

Partenaires de recherche

L’installation P2C est le fruit d’une recherche et d’un développement intensifs. « Indaver a aujourd’hui 40 ans d’expérience dans la transformation durable de déchets. Il y a une dizaine d’années, nous avons observé l’émergence progressive d’une législation favorable et un soutien du public en faveur du recyclage de haute qualité des plastiques. Lorsque nous avons commencé à chercher une technologie adaptée en externe, en 2016, nous avons constaté que les solutions proposées par des tiers n’étaient pas encore suffisamment matures. Nous avons donc choisi d’internaliser le développement. Ce travail a abouti à quatre brevets, portant notamment sur le couplage optimal des différentes étapes. En collaboration avec les universités d’Anvers, de Gand et de Leuven, nous avons validé les processus étape par étape depuis 2017, en mettant l’accent sur une purification technologiquement robuste et poussée, la sécurité et l’évolutivité. »

L’installation d’Anvers vise à optimiser davantage le procédé à l’échelle industrielle, tout en gardant à l’esprit les applications futures et l’augmentation d’échelle. « Dans un premier temps, l’objectif n’est pas de commercialiser des licences mais de déployer la technologie dans nos installations. »

Maintenance

Une centaine de personnes travaillent au projet P2C à Anvers et Willebroek. « Pour la maintenance planifiée et non planifiée, nous pouvons nous appuyer sur les routines et les années d’expérience d’Indaver. Cela devrait permettre de réduire au minimum les temps d’arrêt. Le département R&D compte quatorze collaborateurs. Notre production actuelle répond aux exigences des clients. Nous allons désormais concentrer nos efforts sur l’amélioration de l’efficacité du procédé afin d’optimiser les coûts, qui rendent aujourd’hui notre produit recyclé plus cher que la variante fossile. »

Les partenaires de la chaîne de valeur

Indaver a conclu des contrats à long terme avec des fournisseurs de déchets d’emballage et des acheteurs de matières premières chimiques. « Les déchets de polystyrène sont transformés en styrène, et l’usine d’Anvers recyclera les polyoléfines en naphta. Les principaux fournisseurs sont deux organisations responsables de la gestion des déchets d’emballages : la société belge Fost Plus et la société française Citeo. Du côté des acheteurs, Indaver collabore avec plusieurs entreprises pétrochimiques, actuellement Ineos (Styrolution et Trinseo) pour le styrène et Borealis, TotalEnergies et Neste pour le naphta. « Ces partenariats garantissent un approvisionnement stable en flux de déchets et la vente de produits recyclés. Les contrats actuels mobilisent l’intégralité de la capacité de traitement pour les trois prochaines années. Pour la période suivante, nous sommes déjà assurés d’un taux d’utilisation d’au moins 80% », indique Erik Moerman.

Investissement

Indaver a investi 105 millions d’euros dans le projet P2C. L’installation d’Anvers (75 millions) comprend six silos, une extrudeuse, un réacteur de dépolymérisation, deux colonnes de distillation et un parc de réservoirs, représentant ensemble une capacité de traitement de 26.000 tonnes par an. Associée à l’usine de prétraitement de Willebroek (30 millions), elle constitue un système intégré qui dessert l’ensemble de la chaîne de valeur des plastiques. Indaver a également pu compter sur une aide de 7,5 millions d’euros de Vlaio et de 3 millions d’euros du pôle de recyclage flamand, lui-même soutenu par l’Europe.

Déploiement

Indaver et la société-mère Katoen Natie préparent le déploiement d’usines de recyclage dédiées au polystyrène et aux polyoléfines en Europe, en s’appuyant sur l’installation P2C d’Anvers comme modèle évolutif. « Les plans d’une deuxième ligne à Anvers, d’une capacité supplémentaire de 39 000 tonnes par an, sont déjà bien avancés. À terme, l’objectif à Anvers est de ne traiter que du polystyrène. Pour les polyoléfines, nous recherchons un site plus vaste, de préférence dans ou à proximité d’un cluster pétrochimique. La capacité idéale d’une telle installation serait d’au moins 100.000 tonnes par an. »

Par Koen Mortelmans - Photos © Indaver

Contexte européen
La Commission européenne vise un taux de recyclage de 55% pour les emballages plastiques d’ici 2030 avec des objectifs d’intégration de 10 à 25% de matériaux recyclés dans les nouveaux emballages. « Le taux de recyclage effectif actuel n’est que de 41%. L’installation P2C joue un rôle clé dans la réduction de cet écart. De plus, deux éoliennes et notre parc solaire, situé sur la décharge de Hooge Maey, produisent une énergie largement supérieure à celle requise pour le processus de recyclage. Et nous voulons développer davantage la capacité du cluster énergétique local. »
Transport durable
La logistique est gérée en collaboration avec la société-mère Katoen Natie. « Actuellement, nous utilisons des camions pour transporter les produits chimiques car les volumes sont encore trop faibles pour le transport ferroviaire ou fluvial. Toutefois, notre emplacement dans la zone portuaire est adapté à ces modes de transport. Les acheteurs de polystyrène sont situés à Anvers et à Tessenderlo. Dans six mois, l’installation passera au traitement des polyoléfines, avec le naphta comme produit intermédiaire. Pour ce dernier, nous avons des acheteurs au port d’Anvers, comme TotalEnergies. L’acheteur le plus éloigné est l’entreprise finlandaise Neste. Fost Plus et Citeo se chargent de la livraison des déchets à traiter. « Fost Plus approvisionne Willebroek à partir de cinq centres de collecte en Belgique, tandis que Citeo nous livre des volumes provenant principalement du nord de la France. Les volumes du sud de la France sont traités en Espagne, dans une installation mécanique traditionnelle. »