Quiconque a suivi l’actualité récente ne peut l’ignorer : c’est la crise dans le secteur de la chimie. Ce pilier de notre industrie — fondement essentiel de notre prospérité économique — vacille aujourd’hui. Ces derniers mois, plusieurs entreprises ont annoncé des restructurations ou des fermetures. Selon essenscia, en à peine un mois, plus de 1 200 emplois ont été perdus ou menacés dans l’industrie chimique. Aux Pays-Bas également, des investissements sont suspendus et des usines ferment leurs portes.
Alerte majeure
Ces fermetures ne s’expliquent ni par des installations obsolètes, ni par une technologie dépassée, mais bien par un contexte économique et réglementaire qui rend la production locale de plus en plus difficile. C’est un signal extrêmement préoccupant. Alors que d’autres régions du monde investissent massivement dans de nouvelles capacités, l’Europe glisse lentement vers une désindustrialisation silencieuse. La chimie reste – ou plutôt restait – notre premier secteur d’exportation, affichant une balance commerciale positive et une forte valeur ajoutée. À l’heure où ce moteur essentiel de la croissance, de l’emploi et de l’innovation montre des signes d’essoufflement, il est temps de tirer la sonnette d’alarme.
Des procédures sans fin
Ce qui arrive actuellement au projet Project One à Anvers rend la situation encore plus douloureuse. Bien que ce projet ait franchi avec succès toutes les étapes administratives, plusieurs associations environnementales ont récemment introduit un nouveau recours. Et pourtant, il s’agit de l’unité de craquage d’éthane la plus économe en énergie et la moins polluante d’Europe, qui émettra deux fois moins de CO₂ que les installations actuelles. Alors que la construction est presque achevée, certains militants tentent encore de faire échouer le projet dans un labyrinthe juridique — comme si l’image de la Belgique et de l’Europe en tant que destination industrielle attractive n’était pas déjà assez écornée. Lors du débat à l’Asset Performance Conference, Georges-Louis Bouchez a plaidé avec force pour une dérégulation en profondeur et une procédure d’autorisation plus fluide: « Il est impensable que nous ne soyons plus capables d’autoriser de grands projets économiquement essentiels. » À la lumière de l’affaire Project One, je ne peux que souscrire pleinement à cette analyse.
Le moment de choisir
Si nous continuons à regarder passivement les investissements s’envoler vers l’Asie, les États-Unis ou le Moyen-Orient, nous ne parlerons bientôt plus de la région Rhin-Meuse-Escaut comme de la deuxième plus grande plateforme chimique au monde, mais comme de la plus vaste friche industrielle de la planète. Il est grand temps d’adopter une autre approche. Dérégulation, sécurité énergétique et durabilité réaliste doivent constituer le cœur d’une politique industrielle renouvelée — non pas pour affaiblir les ambitions environnementales, mais pour leur donner les moyens de se concrétiser.
Wim Vancauwenberghe, Maintenance Evangelist et Directeur de BEMAS