IN THE FIELD  
Maintenance Magazine 142 – décembre 2018

Maintenance de robots : vers plus de prédictif ?

Fortement présente dans le secteur de l’automobile, la robotique continue de se développer dans les autres segments industriels : l’alimentaire, la filière de l’acier, la pharmaceutique, la logistique, … Investir dans la robotique doit certes se faire en connaissance de cause, mais cela reste indéniablement l’un des leviers les plus efficaces pour maximiser la production et gagner en compétitivité. Alors que les capacités et la fiabilité des robots n’ont cessé de s’améliorer ces dernières années, qu’en est-il de la maintenance fin 2018 ?

Alors que les équipements industriels génériques peuvent être pris en charge par la plupart des équipes de maintenance, les robots industriels requièrent de solides compétences pour pouvoir effectuer leur maintenance : des compétences acquises le plus souvent lors de formations chez le fabricant du robot lui-même. Peter Paelinck, Customer Service Manager de KUKA Benelux gère la maintenance d’environ 500 robots par an. Il est catégorique sur ce point : « Nous pensons que la maintenance périodique de robots industriels reste encore aujourd’hui une tâche devant être exclusivement effectuée par le fabricant : nos techniciens voient passer beaucoup de robots et disposent de tout l’outillage nécessaire pour identifier rapidement les défauts et leurs causes. »

La grande majorité des utilisateurs semble être de cet avis : ils s’en remettent le plus souvent au contrat de maintenance périodique proposé par le fabricant lors de l’achat du robot, comme l’explique Kris Huyck, General Manager Robotics d’ABB Benelux : «On constate souvent que les clients se tournent vers le fournisseur pour effectuer les maintenances périodiques. Le choix est bien sûr motivé par les avantages en termes de gain de temps et d’efficacité, mais c’est surtout l’assurance du travail bien fait qui prime.» Ces contrats de collaboration peuvent être assortis de volets supplémentaires tels que le service d’assistance téléphonique 24h/24, ou l’assurance d’un délai de réponse garanti.

Maintenances et bons réflexes

Différentes maintenances périodiques sont recommandées pour atteindre le potentiel maximum de durée de service du robot (tournant généralement autour de 10 à 15 ans, en fonctionnement standard) : le contrôle de calibration, les contrôles des systèmes de sécurité du robot, le contrôle visuel des différents organes d’entraînement, la vidange et la relubrification, la mesure du jeu des différents axes, le remplacement des différentes batteries, le backup des données internes, ... Chaque opération fait l’objet d’une périodicité spécifique.

Durant l’intervention préventive, l’inspection technique de base est en général effectuée une fois par an. Au chapitre des dysfonctionnements classiques rencontrés, Peter Paelinck note comme point critique les câbles et flexibles externes appelé «dress package» : «il s’agit de l’ensemble des câbles longeant le corps du robot, et qui sont nécessaires au fonctionnement de l’outil. On constate souvent une usure occasionnée au niveau de ces câbles fortement exposés en raison de chocs/frottements lors du mouvement des bras du robot. » Il recommande par ailleurs aux utilisateurs de s’en tenir aux réflexes élémentaires pour maintenir le robot dans un état optimal : «Le robot et la cabine de commande doivent rester propres ! Cela peut sembler banal, mais c’est la base pour atteindre la durée de vie maximale, mais aussi pour permettre aux techniciens du fabricant d’effectuer leur travail correctement. Un solvant standard peut être appliqué sur l’ensemble des surfaces du robot. Cette opération a également pour avantage d’inciter l’opérateur à effectuer un contrôle visuel et auditif : cela reste encore le meilleur moyen de détecter un défaut naissant à temps.»

Du préventif au prédictif

L’on peut se demander malgré tout pourquoi dans un domaine aussi pointu, la maintenance préventive «traditionnelle» reste la plus utilisée, alors que les techniques de maintenance prédictives ne cessent d’évoluer. Kris Huyck l’explique très simplement : «Les outils sont en réalité déjà en place pour passer d’une maintenance préventive à une maintenance prédictive. Le problème est que, si l’on regarde concrètement l’impact d’un tel changement, on s’aperçoit qu’il s’accompagne de changements majeurs : planifier des arrêts au gré des alertes monitoring (surtout dans le cas d’un parc de robots important) est autre chose que de rassembler toutes les interventions à une même date. Dans un contexte toujours plus exigeant en termes de productivité, la plupart des clients font encore le choix de rester à la maintenance préventive traditionnelle.»

Tout en faisant remarquer : «Depuis dix ans déjà, ABB est tout à fait capable de monitorer à distance un très grand nombre de paramètres : la charge appliquée sur la machine, les moteurs, les courants, les couples, les «inversions», c’est-à-dire les changements significatifs de mouvements effectués par le robot. Sur base de ces données, il nous est possible d’évaluer l’impact sur la durée de service des moteurs, des réducteurs et des câblages. En parallèle, un trending des divers paramètres de fonctionnement, tels que la température, peut être également effectué.»

Le service en question, ABB Connected Services est déjà disponible pour tous leurs robots : le client peut avoir accès aux données de l’ensemble de son parc de robots, où qu’il soit. S’appuyant sur le Cloud, la solution permet aux clients de connecter leur robot via la 3G, le GPRS, ou encore à un réseau LAN. KUKA offre également cette possibilité aux utilisateurs, à travers son service KUKA Connect, en rendant toutes les données et statistiques clé accessibles à tous les terminaux mobiles de l’utilisateur. Ces derniers entameront-ils leur migration vers le Cloud, comme on a pu l’observer dans d’autres secteurs ? La réponse semble moins évidente, paradoxalement. <<

Par Ayoub Alaoui