IN THE FIELD  
Maintenance Magazine 140 – juin 2018

Le contrôle par émission acoustique (EA) des équipements sous pression (ESP) (part 2)

Dans une première partie sur les contrôles par émission acoustique des équipements sous pression, André Viaud a évoqué les problèmes d’exploitation des données d’inspection. Il a décrit l’approche de l’analyse générale basée sur des facteurs descriptifs appliqués à la «salve», la partie du signal d’amplitude supérieure au seuil d’acquisition et a ensuite distingué quatre outils d’analyse générale, les possibilités et les limites. Dans cette deuxième partie, il parle de l’interaction entre les différents processus (analyse, interprétation et classification) et leur prise en compte dans les référentiels courants.

Relation analyse / interprétation / classement

Quoique l’analyse, l’interprétation et la classification soient des processus différents, ils ne sont pas sans relation. La méthodologie d’analyse impacte les signatures acoustiques, donc l’interprétation et le protocole de classification.

La classification permet d’émettre le diagnostic pratique (absence de défaut, défaut mineur, défaut majeur) qui oriente la suite à donner à la vie de l’ESP (maintien en service, investigations complémentaires CND puis réparations éventuelles ou rebut).

a. Scénario d’analyse avec interprétation

L’interprétation fait passer du domaine acoustique au domaine mécanique. Si les outils d’analyse sont suffisamment performants pour donner une «physionomie» aux indications évolutives obtenues, et si l’on dispose d’une base de données en cohérence avec les outils, on peut procéder à une interprétation des indications conduisant à une identification par rapport à des mécanismes source. On peut ensuite appliquer un protocole de classification adapté, basé sur les discontinuités physiques liées aux mécanismes source.

b. Scénario d’analyse sans interprétation

Dans ce scénario, on reste dans le domaine acoustique. Si l’analyse ne permet pas d’activer la phase d’interprétation et/ou que l’on ne dispose pas de base de données, le classement s’applique directement aux indications acoustiques sans qu’on puisse leur attribuer une signification physique particulière.

Prise en compte des outils d’analyse par descripteurs dans les référentiels courants

Les référentiels courants relatifs au contrôle des appareils à pression (ASME V – article 12, guide AFIAP 2017, EN 14584, EN 15495, ASTM E569, MONPAC) sont tous basés sur l’analyse par descripteurs, mais sans être structurés selon les phases d’analyse évoquées précédemment. Ils ne posent pas clairement la philosophie de leur démarche, en particulier en distinguant nettement les étapes : analyse, traitement, formalisation des signatures acoustiques, interprétation et classification. La phase d’analyse est occultée, sans énoncé d’exigences méthodologiques et est souvent remplacée par un scénario de classification, quand il est proposé, assez rudimentaire qui apparaît assez éloigné de la physique des phénomènes mis en jeu dans un contrôle EA.

Par ailleurs, les référentiels ne s’intéressent pas à la qualité de la représentativité des descripteurs issus de la salve, excepté le cas de l’amplitude qui peut être corrigée en fonction de l’atténuation de l’onde dans la structure (distance source/capteur).

Ces référentiels n’imposent pas que le prestataire mette en œuvre une stratégie de traitement des données brutes pour éliminer les données non significatives (comme les vibrations et les parasites électromagnétiques). D’autre part, s’agissant de la classification, certains protocoles utilisent des critères numériques, sans toutefois les associer à un nécessaire paramétrage rigoureux de la configuration du logiciel d’acquisition et d’analyse (set-up). Concrètement, cela veut dire que des résultats dépendent des réglages de l’instrumentation, laissés au libre arbitre de l’opérateur, ce qui impacte la classe d’une indication.

D’autre part, il n’existe pas de base de données normalisée en liaison avec un processus de traitement des données et d’élaboration des «signatures acoustiques».

Les analyses se cantonnent aux outils temporel et stimulationnel qui sont les plus immédiats à mettre en œuvre mais qui ont une portée limitée. L’outil statistique pourrait très utilement contribuer à l’analyse mais est quasiment inexistant.

En résumé, les référentiels actuels restent relativement rudimentaires quant à l’exploitation des données du contrôle EA. <<

(à suivre)

Par André Viaud, ingénieur-gérant de Anvixed sarl