IN THE FIELD  
Maintenance Magazine 140 – juin 2018

Du monitoring de la corrosion vers celui d’état et d’analyse d’état chez Zensor

Sous la pression d’Industrie 4.0, Zensor étend son savoir-faire spécialisé en corrosion au monitoring et à l’analyse plus circonstanciée des données relatives à l’état des structures et des installations.

Zensor démarrait en 2013 en tant que spin-off de la VUB. La société fait de la télésurveillance d’ouvrages d’art, d’infrastructures et d’installations. Il s’agit de ponts, d’éoliennes, de pipelines gaziers, d’installations d’épuration d’eaux, de ponts-roulants, etc. Le PDG Yves Van Ingelgem : « Nous avons originellement fabriqué un capteur spécifique à la corrosion et avons rapidement diversifié. L’état de la structure est notamment déterminé par divers phénomènes qui sont liés entre-eux ; il faut pouvoir les associer afin de pouvoir rendre une bonne analyse. Les exemples de phénomènes que nous voyons aujourd’hui sont e. a. les fissurations, la fatigue, la corrosion, la surcharge, le colmatage de conduites, les transferts thermiques... Ce que nous faisons dans ce domaine est quelque peu comparable à la Smartwatch à votre poignet qui mesure le rythme cardiaque, la température, la pression artérielle et d’autres paramètres, et, qui sur cette base, donne une indication de votre état de santé. De façon comparable, notre solution donne une image de l’état de santé de la structure, signale les périodes de maintenance, les calendriers d’intervention, la durée de vie restante... »

Industrie 4.0

Zensor est un exemple typique d’une organisation ancrée dans le mouvement Industrie 4.0. Van Ingelgem : « Nous faisons usage de deux sources de données. D’une part les capteurs du marché et d’autre part ceux que nous avons développés nous-mêmes. Nous mettons ainsi en place un Internet des Objets qui collecte un grand nombre de données (« Big Data »). Elles sont stockées dans le cloud. Sur une plateforme, des algorithmes analysent ces données qui convertissent les Big Data en informations utiles à nos clients. Nous les intégrons dans un logiciel déjà en leur possession. »

Jumeaux numériques

La structure, une éolienne ou un pont par exemple, est encodé digitalement par Zensor. Il existe de cette manière une représentation physique et une numérique qui correspond presque exactement au jumeau donc. L’objet physique cependant se modifie avec le temps. Ce qui est nécessaire est un modèle numérique dynamique qui s’adapte en temps réel sur la base des données des capteurs du monde réel ; il se trouve dans le cloud et est un « jumeau numérique » de l’objet physique. Le fait d’alimenter le modèle en continu en données améliore la qualité en permanence avec en corollaire des précisions accrues. Van Ingelgem : « Le modèle est comparé en continu avec les mesures réalisées. Si l’on constate une divergence flagrante entre les mesures et les prédictions, cela peut avoir deux causes : ou bien le modèle n’était pas encore assez précis et il faut l’améliorer, ou bien à ce moment l’infrastructure est sujette à des modifications et il y a des dégâts ou des altérations auxquelles il faut remédier. La façon d’intervenir est étudiée au moyen de simulations : des scenarii sont comparés pour ensuite choisir la meilleure solution. Nous faisons à cet effet, usage d’intelligence artificielle, plus spécifiquement du “machine learning”. »

Infrastructure as a Service

Van Ingelgem pointe vers l’émergence de l’infrastructure en tant que service (« IaaS »). « Un exemple en est le PPP, Partenariat Public-Privé. L’administration s’adresse à un consortium d’entrepreneurs comme suit : montez-moi cette structure, un pont ou une autoroute par exemple, et tant qu’elle est disponible, vous obtenez une rémunération. Si elle n’est pas disponible, vous ne recevez aucune rémunération ou passez à l’amende. Il peut également s’agir de matériels dans lequel une société n’investit plus mais qui achète le service. Un certain nombre de parties offrent ainsi la disponibilité d’installations ou une capacité en lieu et place d’un objet physique. Pour arriver à cette fin, un suivi de près est nécessaire et il faut être capable de prédire : à quel moment l’objet va faire défaut ou s’arrêter, avec pour but de prévenir l’événement. Notre technologie s’intègre parfaitement dans ce concept. »

Études de cas

Zensor grandit. Van Ingelgem : « Les deux dernières années, nous sommes passés de deux à neuf personnels. Nous gérons notre croissance de deux manières : premièrement, grâce aux nouvelles technologies et à la nuagique, permettant de travailler beaucoup plus efficacement ; secundo, par la conception modulaire résultant entre autre par le fait que la fabrication de composants peut-être sous-traitée. »

Le PDG de Zensor mentionne quelques cas supplémentaires : « Nous travaillons sur un parc éolien maritime. Le principe convenu est que les éoliennes et les fondations sont chacune de la responsabilité d’un autre parti. Mais les éoliennes oscillent sur les fondations ; leur comportement a une influence sur le rythme de dégradation des fondations. Nous avons actuellement identifié des cas où nous avons remarqué qu’une éolienne commence à avoir une influence négative sur la longévité d’une fondation à partir du moment où le gestionnaire de l’éolienne a changé quelque chose à son comportement. Nous étions en mesure de dire au propriétaire de la fondation : un événement a eu lieu qui à terme dégradera vos actifs, nous pensons qu’il est avisable de prendre contact avec l’opérateur de l’éolienne. Dans le secteur chimique, nous obtenions un accroissement de productivité de 8 à 10% grâce à une combinaison de réduction des pertes énergétiques et de l’optimalisation de l’efficience du process. »

En ce qui concerne Industrie 4.0 nous sommes à un tournant, croyez-moi : « Après avoir été dans l’expectative, de plus en plus de sociétés prennent cette voie. » <<

Par Koen Vandepopuliere