16/06/2026
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EN COUVERTURE
Maintenance Magazine 146 – décembre 2019
Approche intégrale clé d’une maintenance circulaire couronnée de succès
Le terme ‘circulaire’ apparaît respectivement à 38 et 29 reprises dans les accords de gouvernement conclus par les exécutifs des régions flamande et wallonne. La fréquence d’autres termes populaires tels que l’adjectif ‘numérique’ ou l’expression ‘intelligence artificielle’ est beaucoup moins élevée. Autrement dit, l’économie circulaire constitue l’un des fers de lance de la transition écologique. Mais comment va-t-on la mettre en œuvre au niveau de l’entreprise ?
Définition de l’économie circulaire
L’expression ‘économie circulaire’ répond à un nombre appréciable de définitions. Nous allons nous en tenir à celle qui suit : modèle économique visant à limiter au maximum la dépréciation des flux de produits et à les maintenir en circulation le plus longtemps possible. À cet égard, l’approche développée par la Fondation Ellen McArthur est des plus intéressantes. Cette approche préconise trois stratégies : ralentir les flux (les éléments d’actif demeurent plus longtemps dans la chaîne de valeur), réduire les flux (diminution des quantités en circulation) et clore la chaîne (aucun produit ne se perd). Cette trinité paraît logique et simple, mais les apparences sont trompeuses. La création d’un modèle circulaire digne de ce nom requiert une combinaison optimale de ces trois aspects et c’est là que le bât blesse : l’avènement de la circularité dépend souvent d’une série de facteurs extérieurs. Il suffit de songer à la conception des systèmes et produits extérieurs, à l’adoption de législations claires et en particulier à l’élaboration de modèles d’entreprise adaptés à cette approche. En définitive, les entreprises ne sont pas prêtes à affaiblir leur position concurrentielle par suite d’une adhésion à un modèle de production circulaire.
Intégration des machines et éléments d’actif dans un modèle circulaire
Quoique le concept de circularité en soit encore à ses balbutiements, nombre de services de maintenance s’y intéressent déjà, mais souvent à leur insu. En effet, l’intégration des machines et éléments d’actif dans un modèle circulaire peut s’opérer de plusieurs manières. Les huit ‘R’ en rendent parfaitement compte :
- Refuse (réévaluation des objectifs et moyens),
- Reduce (efficacité accrue),
- Repair (maintenance),
- Reuse (second marché),
- Refurbish (remise en état en vue de la revente),
- Repurpose (réaffectation),
- Remanufacture (réutilisation ou régénération de produits),
- Recycle (récupération efficace des matières premières).
Bon nombre de fabricants empruntent progressivement cette voie. À titre d’exemple, SKF a élaboré un programme de remanufacturage de ces paliers et roulements. En moyenne, la durée de vie utile de ces articles n’excède pas trois ans. Leur remanufacturage permet d’en porter la durée de vie utile à neuf ans. Cependant, lorsque leur recyclage s’imposera, le retraitement de ces paliers et roulements permettra de donner corps à de nouvelles applications en acier de haute qualité. Outre une réduction de la consommation d’acier, le remanufacturage requiert beaucoup moins d’énergie que la fabrication d’un palier ou d’un roulement neuf. En d’autres termes, cette situation gagnant-gagnant profite aussi bien à l’utilisateur qu’au fournisseur et à l’environnement.
Optimisation de la durée de vie résiduelle
Chez Evonik, divers projets sont consacrés aux matériaux. Selon Werner Van Acker, Directeur du service Technical Governance : « Les moteurs électriques constituent un premier exemple. Plus leur fréquence de remplacement est faible, plus la consommation de matières premières est limitée. Donc nous tentons de calculer avec une précision satisfaisante la durée de vie résiduelle de ces moteurs. Dans un premier temps, nous nous penchons sur notre capacité à remettre en état ou reconditionner des moteurs électriques défectueux ou usés. Leur efficacité énergétique fera également l’objet d’une analyse approfondie. Si les coûts de réfection sont trop élevés ou les possibilités d’application inexistantes, nous nous efforçons de remettre les moteurs visés en circulation auprès d’autres entreprises. Ce n’est qu’au terme de cette phase que nous en procédons à leur recyclage. Nous veillons aussi à optimiser la détermination de la durée de vie résiduelle de nos vannes de régulation. Nous nous demandons souvent à partir de quel moment s’impose leur démontage aux fins de révision. La certitude absolue de la nécessité d’une telle intervention n’est jamais acquise. Nous entendons déterminer avec une précision accrue le moment propice en mettant en œuvre des vannes de régulation intelligentes, aptes à la capture de données. »
Partage de l’outillage
En outre, Evonik souhaite partager les outils que l’entreprise n’utilise que sporadiquement. « Par exemple, nous n’avons besoin d’un endoscope qu’une fois par an. Si nous parvenons, avec d’autres entreprises, à mettre sur pied une plate-forme d’échange d’outils de cette nature, nous ferons l’économie de leur acquisition. Nous disposons de dizaines d’outils susceptibles d’être pris en considération dans le cadre d’une telle initiative : clés dynamométriques, outils de programmation ... », relate Van Acker. Les procédures de nettoyage constituent un autre sujet de préoccupation en raison de la contamination des eaux de rinçage par des substances chimiques. « Dans le cadre de notre approche circulaire, nous empruntons deux voies : d’une part, nous nous penchons sur les possibilités d’affectation des eaux contaminées à une autre application. D’autre part, nous sommes à la recherche de procédés de nettoyage alternatifs dans le but de réduire la pollution des eaux. Songez au nettoyage par ultrasons ou à l’ajout d’additifs. Enfin, nous nous efforçons de prévenir les fuites à la hauteur des brides et autres raccords. »
Obstacles pratiques
Van Acker : « Les esprits doivent encore mûrir. La conception des processus repose encore trop souvent sur une vision purement économique ; les décisions prises ne tiennent aucun compte de leur impact total sur l’environnement et la société. Toutefois, en tant que responsables de services de maintenance, nous pensons circularité en permanence. La réparation de machines, l’évaluation de leur état et la maintenance préventive sont autant d’activités qui s’inscrivent parfaitement dans cette logique. Dès lors, il y a lieu de transposer cette vision dans la pratique. En tant que producteurs d’agents chimiques, nous essayons en tout cas de refermer nos boucles de processus. Au sein du service de maintenance, nous développons plus avant cette approche. Parce qu’en fin de compte, la pertinence logique d’une économie circulaire est irréfutable. » <<
Par Sammy Soetaert
Projet Interreg consacré à la maintenance circulaire
Lancé il y a quelques mois, le projet Interreg consacré à la maintenance circulaire porte également sur l’élimination des obstacles éventuels et l’analyse de la mise en pratique de la maintenance circulaire. Wim Vancauwenberghe (BEMAS) : « La maintenance joue un rôle central dans l’approche circulaire. Le problème réside dans la difficulté à quantifier cette contribution circulaire. Dans le cadre de ce projet Interreg, nous avons l’intention de nous pencher sur celui-ci. Nous nous poserons systématiquement la question de savoir si toute solution envisagée est praticable et économiquement viable. » Ce projet bénéficie d’un vaste soutien. Outre Bemas et Evonik, le Kennis en innovatiecentrum Maintenance Procesindustrie (Pays-Bas), l’Université de Gand, l’Université de Zélande, la plate-forme i.Revitalise ainsi que les sociétés Yara Sluiskil et Oiltanking Terneuzen participent au projet. Le 11 décembre verra la tenue d’un événement lors duquel le projet Interreg et les diverses études seront abordés. Pour plus d’informations, consultez les pages d’activités sur le site Bemas.org.






