IN THE FIELD
Maintenance Magazine 138 – décembre 2017
Intelligence accrue des vêtements de protection individuelle et de travail ?

« Le confort est une caractéristique essentielle de vêtements de travail et de protection (intelligents) », soutient Alexandra De Raeve, professeur et chef du département mode, textile et technologie du bois à l’Université de Gand. (Photo : ADR)

Cela nécessite une « gestion des actifs » afin de garantir l’efficience du vêtement. (Photo : LDS)

Faseveranderende materialen ‘bufferen’ tegen plotse temperatuurschommeling. (Photo : LDS)
PreviousNextÀ partir d’avril 2018, la Directive européen 89/686/EEC relative aux équipements de protection individuelle est révisée et abrogée par le règlement harmonisé et contraignant 2016/425 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016.
Tout comme avant, cette loi est scindée en trois classes : équipements de protection conçus pour les risques faibles, moyens et élevés. Cependant, certains équipements changent de classe. Nouveau : la licence/certification CE doit être renouvelée après cinq ans. La nouvelle réglementation vise dès lors également une amélioration continue des équipements de protection. Les vêtements de travail deviendraient-ils plus intelligents ? Nous posons la question à l’Ing. Alexandra De Raeve, professeur et chef du département mode, textile et technologie du bois à l’Université de Gand.
Les vêtements de travail sont différents des vêtements de protection. Les premiers sont destinés à protéger l’individu contre les salissures occasionnées par son travail. Souvent, le vêtement de travail est peu fonctionnel et représentatif et à fortiori peu favorable à la marque ou à l’image... Les vêtements de protection par contre ont pour but de protéger l’homme de certains risques. Les risques résiduels qui ne peuvent être éliminés d’une autre façon. « Lorsque l’on parle de “vêtement de travail intelligent”, l’on veut surtout dire qu’il contient de la microélectronique », déclare De Raeve. « Un vêtement de protection intelligent est relatif au vêtement lui-même, le “hardware”, résistant aux intempéries, ignifuge, antistatique... » Ainsi, le pantalon anti-coupure de protection de l’utilisateur d’une tronçonneuse est conçu à base de matériaux tels le nylon balistique, le polyester, le kevlar... « Les fibres du pantalon s’effilochent au contact de la tronçonneuse qui bloque alors instantanément », explique De Raeve. L’électronique n’est présente que dans la tronçonneuse.
Même si l’on recherche activement des capteurs flexibles, ils sont actuellement encore fort rigides dans les vêtements. « L’électronique pose un problème d’entretien dans les vêtements de travail ou de protection. L’électronique et le “lavage” ne font pas bon ménage. Sans parler de l’abrasion. » Cela signifie en pratique qu’électronique et vêtement doivent pouvoir être connectés en « Plug & Play ». « L’électronique se (dé-) connecte par bouton pression dans le vêtement pour pouvoir nettoyer ce dernier. » Le reste relève encore de l’« exotisme ».
Matériaux à changement de phase
« Mais de grandes évolutions se profilent », souligne De Raeve. Des expériences sont en cours avec les matériaux à changement de phase (MCP) dans les vêtements utilisés sous températures extrêmes, comme pour les athlètes, les soldats, les travailleurs du froid... Lors du changement de phase, de solide à liquide, ces matériaux absorbent de la chaleur et la stocke de tel façon qu’ils offrent au porteur une barrière isolante ou de dissipation de chaleur. Lorsque la température ambiante diminue, ils retransfèrent la chaleur à un certain moment. Les MCP font office de « tampon » en cas de brusques variations de température. Ils sont par exemple incorporés dans des microcapsules qui sont placés à divers endroits du vêtement de protection à l’aide de coating. Ils veillent à procurer un refroidissement passif. De nombreuses recherches sont en cours sans résultat vraiment univoque. « Déjà imposer des normes à ce sujet n’a donc aucun sens. En outre, l’air immobile reste encore le meilleur isolant. Et puis, le modèle du vêtement (large ou étroit) joue un rôle important ».
Modèle confort
Le confort est une caractéristique essentielle des vêtements (intelligents) de travail/de protection. Divers facteurs interviennent : le matériau, la coupe et le modèle. « Ils influencent à la fois le confort tactile et thermophysiologique », déclare De Raeve. Toutefois, un vêtement est fabriqué sur la base de tailles standards pour la population moyenne. Moralité... le vêtement est rarement à la bonne taille. Il en résulte que les bonnes propriétés de confort initiales des matériaux utilisés ne sont pas mises en valeur dans le vêtement confectionné. « Il y a quelques années, nous étudiions les tailles du belge moyen. Nous faisions des tableaux de tailles pour le dessus et le dessous et pour tout le corps. Nous prenions aussi en compte l’âge et répartissions les tranches de population en +25, +50 et plus vieux. » La forme du corps évolue en effet avec l’âge. « Au plus une femme vieillit, au plus la taille disparaît, ce qui est caractéristique au-delà de 50 ans. La taille des hommes commence à varier à partir de 30 ans. Les fabricants de vêtements en tiennent compte peu ou prou. Au plus les tailles divergent de la réalité, au plus inconfortable pour la personne.
Les chercheurs prenaient aussi en compte les personnes aux professions spécifiques et sportives. « La forme du corps des sportifs diffère souvent en fonction du sport exercé », observe De Raeve. Les rameurs auront de larges épaules, des hanches plus étroites et les cuisses plus lourdes. La structure corporelle du cycliste est aussi typique. « Un vêtement non adapté peut coûter jusqu’à 40 secondes sur un parcours contre la montre de 40 km. » Si la coupe compte, la texture aussi. « Cette dernière joue surtout un rôle pour les maillots de bain (type aileron de requin). »
Gestion de l’humidité
La gestion de l’humidité est une problématique importante. Le textile près de la peau doit être perméable. Cette couche doit rapidement absorber la sueur et la transmettre ou la diffuser à la couche suivante. La couche extérieure doit pouvoir « respirer » vers l’extérieur. Dans le feu de l’action, la sueur ne peut pas s’accumuler sur la peau du pompier. La sueur peut devenir « vapeur » et causer des brûlures. À l’inverse, si le froid extérieur est tel que la sueur condense dans le vêtement, l’on devient trempé.
La forte demande en vêtements « multistandards » est source de problèmes. En effet, diverses fonctionnalités ne sont pas forcément toujours compatibles. Un vêtement de pluie est supposé être étanche. S’il est trop imperméable, l’intérieur est inconfortable. La sueur reste captive. De là la présence d’ouvertures à certains endroits. « Il faut toujours évaluer et faire des compromis », déclare De Raeve. « Où placer les ouvertures pour être efficace sans causer trop de refroidissement. L’attention doit rester focalisée sur ce fait. »
À qui sied la chaussure...
De Raeve pointe une autre problématique. « Généralement, l’acheteur du vêtement n’est pas celui qui doit le porter. Il s’oriente surtout sur le prix. Le meilleur marché est alors l’option. » Ce que les fabricants et les distributeurs doivent cependant, c’est de se conformer aux normes de confort, de durabilité, d’entretien... Le vêtement doit être marqué CE et les fabricants sont soumis à des audits internes et externes.
Une fois le vêtement de protection utilisé, la société doit tenir un inventaire, enregistrer le nombre de lavages, et lorsqu’il est dépassé, un remplacement s’impose. « Cela nécessite une “gestion des actifs” afin de garantir l’efficience du vêtement. » La société peut être tenue responsable en cas d’une situation dans laquelle il apparaît que le vêtement n’était pas conforme. « Récemment, un travailleur ne portait pas les gants adéquats. Leur classe ne correspondait pas au travail assigné. La personne s’est blessée à des bavures et finissait même dans une chaise roulante. L’employeur a été attaqué en justice. »
De Raeve pointe le fait de la « relativité » des normes. Des vêtements ignifuges sont par exemple lavés et testés sur leur fonctionnalité, et ces 25 lavages deviennent la norme. Mais l’usage effectif et pratique est plus complexe. Le matériau se salit au travail (huile, acides, bases...) et le lavage doit être agressif pour être efficace. « Si la phase d’utilisation ne se déroule pas dans des conditions optimales, un risque de perte de fonctionnalité se présente. » En outre, les tests d’ignifugation sont destructifs. Sauf exception d’un échantillonnage, il n’est pas possible de laver le vêtement après lavage. <<
Par Luc De Smet